Si vous avez moins de onze ans, rattachez-vous aux Louveteaux, si vous êtes plus âgé, aux Éclaireurs.
Pour devenir un Eclaireur, adressez-vous au secrétaire de l’association locale la plus voisine, joignez-vous à une patrouille organisée dans votre voisinage, en apportant au monsieur qui la dirige la permission écrite de vos parents.
Autant que possible les Éclaireurs d’une patrouille doivent être tous du même âge. Un d’eux est nommé «chef de patrouille»; il choisit alors un « second ». Deux patrouilles ensemble peuvent former une « troupe » commandée par un instructeur. S’il n’y a pas d’Éclaireurs dans votre voisinage, vous pouvez devenir un «Eclaireur solitaire » et vous entraîner seul.
Après un mois d’instruction en qualité de novice, vous faites la « promesse de l’Éclaireur », c’est-à-dire vous promettez, sur votre honneur, trois choses :
Vous apprenez le signe de reconnaissance des Éclaireurs et aussi le cri de votre patrouille.
Chaque patrouille porte le nom d’un animal et tous les Éclaireurs qui en font partie savent imiter le cri de cet animal pour communiquer avec leurs camarades, de nuit surtout. Ainsi vous pouvez être des Loups, des Aigles, des Rats, etc. Mais ne me formez pas une patrouille de Singes, une patrouille qui ne sait que s’amuser, qui n’a pas de discipline et ne sait pas gagner de galons. Un Éclaireur ne fait jamais usage du cri d’une autre patrouille. La loi de l’Éclaireur l’oblige à être loyal, aimable, obéissant, gai. Votre travail consistera surtout à faire les jeux et les exercices qui vous donneront l’entraînement nécessaire. Quand vous en aurez appris assez pour subir les épreuves, vous gagnerez les insignes d’Eclaireur de première ou de seconde classe.
L’insigne de l’Éclaireur est une fleur de lys ; c’est ce qui désigne le nord sur les boussoles ou sur les cartes, c’est l’insigne des Éclaireurs dans l’armée parce qu’ils montrent le chemin. De même un Éclaireur de paix montre la voie en faisant son devoir et en aidant autrui.
L’insigne d’un Éclaireur de première classe, c’est une fleur de lys et une banderole portant la devise TOUJOURS PRÊT.
Celui d’un Éclaireur de seconde classe, c’est la devise seulement.
La devise sur la banderole c’est celle des Éclaireurs : TOUJOURS PRÊT
Elle signifie qu’un Éclaireur doit être toujours prêt, à n’importe quel moment, à faire son devoir, et à affronter le danger pour aider son prochain. Les deux bouts de la banderole se recourbent en haut comme la bouche de l’Éclaireur, parce qu’il fait son devoir de bon cœur et avec le sourire.
Le nœud rappelle à l’Éclaireur qu’il a à rendre chaque jour un service à quelqu’un.
Le sens de la devise est qu’un Eclaireur doit se préparer d’avance à n’être jamais pris à l’improviste, par aucun accident, ni aucune éventualité ; il a réfléchi, il s’est exercé ; il sait exactement ce qu’il faut faire quand survient quelque chose d’imprévu.
Voici ce qu’il vous faudra savoir pour réussir votre épreuve d’Éclaireur :
Connaître des animaux tout ce qu’on en peut apprendre en les suivant à la piste et en rampant jusqu’à eux pour les observer sans être vu, de façon à être au courant du genre de vie de chacun. Vous ne les tuerez que quand vous manquerez de vivres; un Éclaireur ne tue jamais pour tuer, à moins qu’il ne s’agisse d’une bête malfaisante.
En observant continuellement les animaux en liberté on en vient à les aimer trop pour penser à les tuer.
Tout le plaisir de la chasse est dans lart de les dépister et non dans le fait de les tuer.
Il ne suffit pas de voir les pistes, il faut savoir en lire le sens: à quelle allure l’animal marchait-il? était-il alarmé ou tranquille? et ainsi de suite. Le chasseur sait trouver son chemin dans la jungle ou dans le désert; il connaît les fruits et les racines qu’il peut manger ou que les animaux recherchent et qui servent à les attirer.
De même, en pays civilisé, vous saurez lire les traces des piétons, des chevaux, des bicyclettes, etc., et découvrir par elles ce qui s’est passé. Certains indices, un oiseau s’envolant soudain, vous apprendront que quelqu’un s’avance quoique vous ne le voyiez pas.
En observant le sol vous trouverez souvent des objets égarés que vous pourrez rendre à leurs propriétaires.
En observant le détail d’un harnais vous pourrez souvent éviter à un cheval la douleur d’une courroie qui le blesse.
En observant la tenue et la mise des gens, et en rapprochant l’une de l’autre vos remarques, vous verrez parfois qu’ils ne pen¬sent pas à bien et vous pourrez prévenir des crimes, vous saurez voir qui est en peine et offrir votre aide ou votre sympathie, et vous pourrez alors vous acquitter d’un des principaux devoirs de l’Éclaireur: venir au secours de ceux qui sont dans la détresse.
Rappelez-vous que c’est une honte pour un Eclaireur de se trouver en compagnie de quelqu’un qui remarque une chose grande ou petite, proche ou lointaine, sur terre ou en l’air, qu’il n’ait pas déjà observée à part lui.
Les Eclaireurs, naturellement, doivent savoir vivre en plein air, se bâtir des huttes ou se dresser des tentes, construire un feu et l’allumer; tuer, dépecer et cuire leur nourriture, assembler des troncs pour faire des ponts et des radeaux; trouver leur chemin de nuit comme de jour en pays inconnu, etc.
Mais il y a bien peu de types qui apprennent ces choses et qui s’y exercent en pleine civilisation: ils ont des maisons conforta-bles, des lits pour y dormir, on leur prépare leurs dîners, et pour trouver leur chemin, ils le demandent à un sergent de ville.
Quand ces gens-là se trouvent en campagne et qu’ils s’essaient au rôle d’Eclaireur, ils se trouvent bien empotés.
Prenez même un athlète et transportez-le au sud de l’Afrique
dans le veldt en lui disant de se tirer d’affaire. Son art et sa flanelle blanche ne lui serviront pas à grand-chose. Il ne sera là-bas qu’un « bleu » dont on se moquera, tant qu’il n’aura pas appris quelque chose de la science et du métier d’éclaireur.
Et cette science-là, savez-vous, on trouve à en faire son profit dans toutes les carrières.
Faites préparer et allumer un feu à chacun de vos hommes. Quand ils auront essayé chacun à sa manière, peut-être sans réussir, montrez- leur comment il faut faire (quelques copeaux secs et des bûches en pyramide) et faites-les recommencer. Montrez-leur aussi à faire des
nœuds. (Chap. III. )
Chevalerie. — Les chevaliers étaient les Éclaireurs du temps jadis, et leur règle était à peu près celle de notre loi d’aujourd’hui. Celle des Japonais lui ressemble aussi. Nous sommes leurs descendants, il nous faut conserver leur bonne réputation et marcher sur leurs traces.
Leur honneur était pour eux la chose la plus sacrée. Ils ne consentaient pas à faire quelque chose qui ne fût pas honorable, comme de voler ou de mentir; ils auraient mieux aimé mourir. Ils étaient toujours prêts à se battre et à se faire tuer pour défendre leur roi, leur religion ou leur honneur. Par milliers ils partirent pour la Terre-Sainte, la Palestine, pour défendre la religion chrétienne contre les Turcs mahométans. ^
Un chevalier avait toujours une petite escorte, un écuyer et quelques hommes d’armes, tout comme nos chefs de patrouilles ont leur second et quatre ou cinq Éclaireurs.
L’escorte d’un chevalier lui était dévouée à la vie et à la mort: tous avaient la même pensée que leur chef:
Leur honneur leur était sacré.
Ils étaient loyaux à leur Dieu, à leur roi et à leur pays.
Ils étaient particulièrement courtois et polis envers les femmes, les enfants et les infirmes.
Ils étaient secourables à tous.
Ils donnaient leur argent et leur pain à ceux qui en avaient be¬soin, et épargnaient pour pouvoir le faire.
Ils apprenaient l’usage des armes pour protéger leur religion et leur pays contre l’ennemi.
Ils se maintenaient forts, sains et vigoureux pour être en mesure de faire bien tout cela.
Vous ne pouvez pas, vous autres Éclaireurs, faire mieux que de suivre l’exemple de vos aïeux, les chevaliers.
Un point important de leur programme, c’est que tous les jours ils devaient rendre un service à quelqu’un, et c’est aussi une de nos règles. Quand vous vous levez le matin, rappelez-vous que vous avez à rendre un service à quelqu’un pendant la journée; faites un nœud à votre mouchoir ou bien à votre cravate, laissez-la pendre hors de votre gilet pour vous en souvenir et quand vous vous couchez le soir, pensez à celui auquel vous avez rendu un service.
S’il vous arrivait d’avoir oublié, faites deux bonnes actions le lendemain. Souvenez-vous que votre promesse d’Éclaireur vous engage sur l’honneur à rendre ce service quotidien.
Le nœud de cravate de l’Éclaireur.Rendre un service, ce peut être très peu de chose: mettre cinq centimes dans un tronc pour les pauvres, aider une vieille femme à traverser la rue, céder son siège à quelqu’un, apporter de l’eau à un cheval altéré, enlever du trottoir une pelure de banane qui risque de faire glisser quelqu’un, etc. Mais il faut rendre un service chaque jour et cela ne compte que si vous n’acceptez pas qu’on vous le paie.
Faites faire un nœud à chacun de vos Éclaireurs pour qu’il se souvienne
de rendre un service le jour suivant.
Sauvetage. — Dans certains pays il y a des médailles et des décorations pour les soldats qui se sont spécialement distingués sous le feu de l’ennemi.
On en réserve aussi à ceux qui ont sauvé des vies humaines dans de grandes catastrophes: incendies, coups de mines, etc.; ou dans la vie ordinaire, et j’estime que ceux-ci ne sont pas moins des héros que les soldats qui, portés par l’enthousiasme de la bataille,
se précipitent dans la mêlée pour en arracher un frère d’armes.
Depuis la fondation des Éclaireurs, des centaines d’entre eux ont mérité des médailles de sauvetage et j’espère qu’il y en aura bien plus encore à l’avenir.
Il est certain que beaucoup d’entre vous auront une fois ou l’au¬tre l’occasion de sauver une vie; sachez saisir cette occasion, pré¬parez-vous-y, apprenez ce qu’il y a à faire quand un accident se produit, soyez prêt à le faire — et faites-le.
Il ne suffit pas de lire ça dans un livre et de croire que vous sau¬rez vous y prendre, il vous faut vous exercer, et vous exercer sou¬vent, à faire le nécessaire. Vous couvrir la bouche et le nez avec un mouchoir mouillé pour respirer dans la fumée, déchirer un drap pour en faire une corde et fuir en cas d’incendie, savoir com¬ment soulever et transporter quelqu’un d’évanoui, comment empoigner, sauver et rappeler à la vie un noyé, etc.
Quand vous aurez appris tout cela, vous aurez confiance en vous- même, et quand un accident se produira et que chacun aura perdu la tête, vous vous avancerez et vous ferez ce qu’il y a à faire.
Il y a deux ou trois ans, en Angleterre, une femme se noya dans une eau peu profonde devant une foule d’hommes trop effrayés pour faire autre chose que de crier. Voilà qui aurait été une belle occasion pour un Eclaireur, s’il s’en était trouvé un là. En fait, ces poltrons restèrent là à crier et à jacasser sur la berge: pas un n’osa sauter à l’eau, parce que les autres ne le faisaient pas. Et la femme se noya sous leurs yeux.
Enseignez à vos hommes à soulever et à transporter quelqu’un qui a perdu connaissance, à le tirer hors d’un local rempli de fumée ou de gaz. Apprenez-leur à se couvrir le nez et la bouche d’un mouchoir mouillé. Qu’ils s’exercent par groupes de deux, chacun jouant à son tour le rôle de l’homme évanoui qu’il s’agit de sauver.
Endurance. — Pour s’acquitter de tous les devoirs d’un Éclai-reur, il faut être robuste, actif et en bonne santé. On peut être tout cela si on se donne un peu de peine. Mais cela implique qu’on fait beaucoup d’exercices, que l’on prend part à des jeux, qu’on court, qu’on marche, qu’on fait de la bicyclette, etc.
Un Eclaireur a souvent à passer la nuit en plein air, et ceux
qui ne dorment que la fenêtre fermée attraperont probablement un coup de froid ou des rhumatismes la première fois qu’ils vou¬dront coucher à la belle étoile. Il faut donc toujours dormir la fenêtre ouverte, hiver et été, et vous ne vous enrhumerez jamais. Pour ma part, il m’est impossible de dormir la fenêtre close ou les stores baissés, et quand je suis à la campagne je passe toujours la nuit hors de la maison. Une couche molle et trop de couvertures font faire à un jeune garçon de mauvais rêves qui l’affaiblissent.
Un peu de gymnastique suédoise ou de ju-jitsu matin et soir est excellent pour vous maintenir en forme, non pas tant pour vous donner de beaux muscles que pour faire fonctionner tous les organes internes (expliquer) et pour activer partout la circulation du sang.
Se frotter chaque jour avec une serviette humide, même en l’absence d’un bain, est très important. Les Éclaireurs n’y manquent pas.
Ils respirent par le nez et non par la bouche. Cela ne leur donne pas soif, ils s’essoufflent moins et ils évitent ainsi d’aspirer tous les microbes et tous les germes de maladie qui sont dans l’air, et de ronfler la nuit, ce qui trahirait leur présence à l’ennemi.
Des exercices de gymnastique respiratoire sont d’une grande valeur pour développer les poumons et pour donner au sang l’oxy¬gène dont il a besoin. Il faut les faire en plein air, et sans dépasser la mesure, ce qui pourrait nuire au cœur. Aspirer lentement et profondément par le nez, non par la bouche, jusqu’à ce que la cage thoracique soit aussi largement ouverte qu’il est possible, notamment derrière, puis au bout d’un instant, expirer lentement, sans effort. Mais les meilleurs exercices de respiration sont ceux que l’on fait naturellement après avoir bien couru.
On a reconnu à l’heure actuelle que l’alcool est tout à fait inu¬tile pour la santé, et que, quand on en prend trop, c’est un vrai poison. Un homme qui a l’habitude de boire chaque jour à fortes doses de la bière, du vin ou des liqueurs ne sert à rien pour le métier d’éclaireur, et pour un autre métier pas à grand-chose.
De même un homme qui fume beaucoup. Les meilleurs éclaireurs militaires ne fument pas, parce que cela leur gâterait la vue. Le tabac rend parfois nerveux et agité, il gâte l’odorat qui est d’une grande importance dans les marches de nuit, et la lumière de leur pipe ou même l’odeur qu’ils portent avec eux dans les ténèbres les trahit à leurs ennemis. Ils ne sont pas si bêtes que de fumer. Jamais un jeune garçon ne s’est mis à fumer parce qu’il y trouvait du plaisir, mais parce qu’il pensait que ça lui donnerait l’air d’ un homme. En réalité cela lui donne presque toujours l’air d’un sot.
Faites voir des mouvements de ju-jitsu ou de gymnastique suédoise
— un ou deux seulement pour commencer. De même pour la gymnastique respiratoire.
Plusieurs d’entre vous, vous appartenez au grand Empire britannique, un des plus grands qui aient jamais existé. De cette petite île de Grande-Bretagne des colonies ont essaimé: l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Afrique du Sud, les Indes, le Canada. A peu
près toutes les races, tous les types d’hommes, noirs, blancs, jaunes, fournissent des sujets au roi Georges V.
Ce vaste empire ne s’est pas fait tout seul. Il est l’œuvre de nos pères» de leur rude labeur et de leurs luttes — au prix de leurs vies, — c’est l’œuvre de leur profond patriotisme.
Patriotisme. — Il y a des gens qui disent qu’il n’y a plus de patriotisme de nos jours et que même les plus grands empires d’aujourd’hui tomberont en ruine comme cet empire romain dont les citoyens égoïstes et paresseux ne pensaient plus qu’à s’amuser aux jeux du cirque. Je n’en suis pas sûr. Je suis sûr que si vous, les jeunes, vous voulez mettre le bien du pays au-dessus de toute autre chose, tout ira bien. Mais si vous ne le faites pas, la patrie court un grand danger, car nous avons beaucoup d’ennemis au dehors.
Ainsi, dans tout ce que vous faites, rappelez-vous qu’il faut penser d’abord au pays. Ne dépensez pas tout votre temps et votre argent à vous amuser, mais demandez-vous d’abord comment vous pouvez être utile à votre patrie; ensuite vous aurez bien le droit de vous délasser à votre idée. Peut-être ne voyez-vous pas comment un jeune garçon peut être utile à tout un pays, mais en devenant un Eclaireur et en observant les lois des Éclaireurs, cha¬cun peut être utile. « Le pays d’abord, moi ensuite », telle sera votre devise. Si vous vous interrogez sincèrement, vous verrez probablement que jusqu’ici ç’a été juste le contraire.
S’il en était ainsi, j’espère que dès maintenant vous allez mettre ordre à cela. Patriote d’abord.
Ne vous contentez pas, comme faisaient les Romains et comme font certaines gens d’aujourd’hui, de payer d’autres hommes pour jouer au football et pour livrer bataille à votre place. Faites vous- même quelque chose pour que le drapeau flotte haut.
Entrer dans une patrouille d’Éclaireurs avec cette idée, c’est déjà faire quelque chose dans ce sens. Entrez-y non pas simplement parce que ça vous amuse, mais parce que, de cette façon, vous vous rendrez aptes à servir votre pays. Alors vous aurez en vous le véritable esprit patriotique.
Le meurtre d’Elsdon.
Le récit qui suit, vrai dans ses grandes lignes, est un exemple des histoires que l’instructeur peut raconter pour illustrer d’une façon générale les devoirs d’un Éclaireur.
Un meurtre cruel eut lieu il y a bien des années dans le nord de l’Angleterre, et l’assassin fut pris, jugé et pendu grâce surtout à l’esprit d’observation d’un petit berger.
Connaissance de la nature. — Ce jeune garçon, Robert Hindmarsh, était dans les bruyères avec ses moutons et cherchait son chemin pour rentrer chez lui à travers une région solitaire de la campagne, quand il passa devant un vagabond qui mangeait un morceau, assis par terre les jambes étendues.
Observation. — Le berger en passant remarqua son aspect et spécialement de curieux clous à la semelle de ses souliers.
Il ne s’arrêta pas à le regarder, mais fit ses remarques d’un seul coup d’œil sans attirer beaucoup l’attention de l’homme qui ne vit en lui qu’un petit garçon sans conséquence.
Induction. — Rentré chez lui, à huit ou dix kilomètres de là,
il trouve un attroupement autour d’une maison où l’on venait de découvrir le cadavre d’une vieille femme qui y habitait: elle avait été assassinée. On faisait toutes sortes de conjectures sur l’auteur de ce meurtre, et les soupçons paraissaient se concentrer sur un petit groupe de bohémiens qui parcouraient le pays en maraudant et en menaçant de mort tous ceux qui se plaindraient.
Les semelles du vagabond.L’enfant entendit tout cela, mais tout à coup il remarqua dans le petit jardin de la maison de curieuses empreintes de pas: les traces des clous correspondaient à ce qu’il avait vu des souliers de l’homme de la bruyère, et il en déduisit naturellement que celui-ci pourrait bien avoir quelque part au meurtre.
Esprit chevaleresque. — Le fait que la victime était une pauvre vieille excita l’esprit chevaleresque du jeune garçon contre le meur¬trier quel qu’il fût.
Audace et maîtrise de soi. —’ Aussi, quoiqu’il sût que les amis de l’assassin pouvaient le tuer s’il disait quelque chose, il alla droit au commissaire, lui parla des empreintes du jardin et lui apprit où il trouverait l’homme qui les avait faites — à condition d y aller tout de suite.
Santé et force. — L’homme de la bruyère s’était transporté si loin du théâtre de son crime sans avoir été vu par personne (sauf par ce petit garçon), qu’il se croyait en sûreté. Il ne pensait pas que cet enfant pourrait aller jusque là-bas et revenir, comme il fit, avec la police. Il ne prenait pas de précautions.
Mais le petit berger était fort et en bonne santé, il marchait vite et bien; on trouva l’homme et on s’en saisit sans difficultés. Il s’appelait Willie Winter.
Il fut jugé, trouvé coupable et pendu à Newcastle. Son corps fut ensuite amené près du lieu du crime et exposé à un gibet que l’on voit encore aujourd’hui. Deux des bohémiens, ses complices, furent trouvés en possession du fruit de ses larcins. Ils furent également exécutés.
Bon cœur. — Mais quand le jeune homme vit le corps du meurtrier pendu au gibet, il se sentit tout triste d’avoir causé la mort d’un de ses semblables.
Sauvetage. — Pourtant le magistrat le fit venir et le félicita d’avoir rendu à ses concitoyens un si grand service — d’avoir probablement sauvé quelques vies — en débarrassant le monde d’un criminel si dangereux.
Devoir. — Il lui dit: « Vous avez fait votre devoir, quand même cela vous faisait courir quelque danger et vous jetait dans un grand trouble. Peu importe, c’était votre devoir envers le pays, d’aider la police à trouver le coupable; et il faut toujours faire son devoir, quoi qu’il en coûte, dût-on pour cela donner sa vie. »
Exemple. — Ainsi ce jeune berger remplit tous les devoirs d’un Éclaireur, sans qu’on les lui eût jamais enseignés; il fit preuve de connaissance des lieux, d’observation adroite, de déduction, d’esprit chevaleresque, de sens du devoir, d’endurance et de bonté d’âme.
Il ne pensait pas que cette action toute spontanée servirait, bien des années plus tard, d’exemple à d’autres jeunes garçons. De même vous vous rappellerez que vos actes peuvent être observés par d’autres après vous et servir d’exemple. Ainsi efforcez-vous de faire votre devoir en toute occasion.
Nous avons donné dans le texte la promesse des Éclaireurs suisses. Les Scouts anglais promettent en première ligne de « Remplir leur devoir envers Dieu et le Roi »
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