5e bivouac : La vie au grand air

46–68 minutes

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Au sud de l’Afrique, chez les Zoulous et les Souazis, les garçons
deviennent éclaireurs bien avant d’avoir atteint l’âge d’homme. Voici comment cela se passe: quand un garçon a quinze ou seize ans, les hommes de son village le prennent, le dépouillent de ses vêtements, et le peignent en blanc de la tête aux pieds; on lui remet alors un bouclier et une sagaie (ou petite lance) et on le renvoie du village en lui annonçant qu’il sera tué, si quelqu’un le découvre pendant qu’il est encore peint en blanc. Aussi notre gamin n’a-t-il qu’un parti à prendre: se retirer dans la brousse ou les montagnes en évitant de rencontrer un de ses semblables, aussi longtemps que la peinture ne sera pas effacée — et c’est l’affaire d’un mois environ; pendant tout ce temps, il lui faudra donc se tirer d’affaire tout seul, tuer du gibier avec sa seule sagaie, le dépecer, allumer du feu au moyen de bâtons frottés l’un contre l’autre pour cuire sa viande, prendre la peau de l’animal pour s’en faire un vêtement, apprendre à connaître quelles sortes de racines, de baies, de feuilles peuvent servir à le nourrir. S’il n’est pas capable de faire tout cela, il mourra de faim ou deviendra la proie des bêtes sauvages. Si, au contraire, il réussit à se maintenir en vie et s’il trouve le chemin pour regagner son village, il y retournera une fois la peinture effacée et il y sera reçu avec force réjouissances par tous ses parents et amis: il a désormais conquis droit de cité puisqu’il a prouvé qu’il était en mesure de se tirer d’affaire.

Et dans l’Amérique du Sud, chez les Yaghans (là-bas, dans les régions pluvieuses et froides de la Patagonie), les garçons ne portent pas de vêtements, et, avant d’avoir le droit d’être considérés comme des hommes, il faut qu’ils subissent l’épreuve du courage qui consiste à enfoncer profondément une lance dans sa propre cuisse et cela sans cesser de sourire.

C’est une épreuve cruelle, mais elle montre que ces sauvages ont compris combien il est nécessaire que les garçons apprennent à être virils, qu’on ne les laisse pas devenir de misérables oisifs, capables tout juste de regarder les autres travailler.

C’est dommage que les garçons de chez nous ne puissent pas être soumis à un apprentissage analogue avant d’avoir le droit de se considérer comme des hommes, et c’est justement pour essayer de combler cette lacune dans la mesure du possible, que nous vous apprenons le métier d’Eclaireurs. Si chacun de nos garçons travaille dur, s’il apprend vraiment tout ce que nous tâcherons de lui enseigner, à la fin de son apprentissage il aura quelque droit de s’appeler un Éclaireur et un homme, et s’il fait plus tard du service militaire, ou s’il va aux colonies, il verra qu’il n’aura pas de peine à se tirer d’affaire et à être réellement utile à son pays.

Je sais un vieux Canadien, un éclaireur et un trappeur, âgé de plus de 80 ans; il est encore de ce monde et, qui plus est, il exerce toujours son métier de trappeur. Son nom est Bill Hamilton. Dans un livre intitulé: « Mes 60 ans dans les Plaines » il décrit les dangers de cette vie aventureuse. Le principal danger était de tomber dans les mains des Peaux-Rouges. « Etre fait prisonnier, c’était endurer une mort peu enviable entre toutes. Vous brûler à petit feu est un acte de miséricorde comparé aux cruautés pratiquées par les Indiens. On m’a souvent demandé pourquoi nous nous exposions à de pareils dangers.

Ma réponse, c’est qu’il y a dans la vie à ciel ouvert d’un éclaireur un charme dont on ne peut plus se libérer une fois qu’on l’a éprouvé. Parlez-moi de l’homme qui a été élevé au milieu des grandes choses de la Nature! Il y apprend la vérité, l’indépendance, l’esprit d’initiative, il a de généreuses impulsions, il est fidèle à ses amis, fidèle au drapeau de son pays. »

Je souscris pleinement à ce qu’a dit ce vieil éclaireur, et de plus je remarque que les hommes qui viennent des pays où l’on mène une vie que nous appellerions rude et sauvage, sont parmi les plus généreux et les plus chevaleresques, en particulier envers les femmes et les êtres faibles. Le contact avec la nature fait d’eux des « gentlemen ».

M. Roosevelt, qui fut vice-président des Eclaireurs d’Amérique, croyait, lui aussi, à la vie au grand air et c’est un luxe qu’il s’accorde le plus possible dans la mesure où ses devoirs le lui permettent. Voici ce qu’il écrit: « Je crois aux exercices de plein air et peu importe si ces exercices sont parfois violents, et si ceux qui s’y livrent reçoivent quelques horions, par-ci par-là. Je n’ai aucune sympathie pour la sentimentalité qui consiste à élever les jeunes gens dans du coton.
L’homme de plein air aura toujours le dessus dans la bataille de la vie.
Quand vous travaillez, travaillez dur, et quand vous jouez, jouez dur.
Mais que le jeu et le sport ne nuisent pas à votre travail. »

J’ai connu un vieux Boer qui, après la guerre, disait qu’il ne pouvait pas vivre avec les Anglais, parce que, déclarait-il, en arrivant dans le pays, ils se sont montrés trop stupides, trop incapables de se tirer d’affaire dans la brousse, de s’installer confortablement sous une tente, de tuer du gibier et de le préparer, et parce qu’ils se perdent toujours dans les fourrés. “En général, au bout de six mois, — s’ils vivaient encore, —les soldats anglais avaient appris à se débrouiller, mais beaucoup étaient morts, et cela, bien souvent, par suite de leur inexpérience et des erreurs commises.

La vérité est que les citoyens de pays civilisés n’ont été aucunement préparés à affronter la vie de la brousse ou des forêts, et il en résulte que, lorsqu’ils vont aux colonies ou en campagne, ils sont, pendant longtemps, tout à fait désarmés et qu’ils subissent quantité de privations et de peines qui leur auraient été épargnées s’ils avaient appris, dans leur enfance, à se tirer d’affaire, soit au : amp, soit en patrouille. Ils ne sont que des femmelettes.

Ils n’ont jamais eu à allumer un feu ou à préparer leur nourriture; on a toujours fait cela pour eux. A la maison, quand ils avaient besoin d’eau, ils n’avaient qu’à tourner le robinet, et ils n’ont aucune idée de la manière dont on s’y prend pour trouver de l’eau dans un coin de désert en regardant l’herbe ou les buissons, ou en
grattant le sable jusqu’à ce qu’on y découvre quelque trace d’humidité.
Quand ils avaient perdu leur chemin ou s’ils voulaient savoir
l’heure, ils n’avaient qu’à s’adresser à un agent de police. Ils ont toujours eu une maison pour les abriter et un lit pour s’y coucher. Ils n’ont pas eu besoin de fabriquer cela eux-mêmes, ni de faire leurs souliers ou leurs vêtements. Voilà pourquoi une « recrue » parle de la « rude vie » des camps; mais pour un Eclaireur, rompu à son métier, la vie des camps n’est pas rude. Il connaît mille manières de créer du confort autour de lui; et quand il retourne à la vie civilisée, il l’apprécie d’autant plus par contraste. Là aussi d’ailleurs, sa supériorité sur ceux qui n’ont jamais appris à subvenir à leurs besoins, éclate en plus d’une occasion. L’homme qui a été habitué à mettre la main à tout, comme l’Eclaireur au camp, s’aperçoit, lorsqu’il rentre en pays civilisé, qu’il lui est facile de trouver un emploi, parce qu’il est en mesure d’entreprendre n’importe quel travail.

Explorations.

Un exercice facile à organiser dans notre pays, c’est d’envoyer les Eclaireurs en patrouille pour des tournées d’exploration, ou deux à deux, comme les chevaliers d’autrefois, lorsqu’ils entreprenaient un pèlerinage à travers les contrées pour aller au secours de ceux qui avaient besoin d’eux. Cela peut se faire aussi à bicyclette.

Autant que possible, les Eclaireurs devraient s’abstenir, au cours de ces tournées, de coucher dans une maison, c’est-à-dire que, par de belles nuits, ils dormiraient en plein air où que ce soit, et par le mauvais temps ils demanderaient la permission de se coucher sous une meule de foin ou dans un hangar.

En toute occasion, prenez une carte avec vous, et tâchez de trouver votre chemin, autant que vous le pourrez, sans avoir recours aux passants. Il va sans dire que vous accomplirez votre bonne action quotidienne quand l’occasion s’en présentera, mais en outre ne manquez pas de rendre des services aux fermiers et à tous ceux qui vous auront permis 1 ’usage de leurs granges, pour les remercier de leur complaisance.

En général, toutes ces expéditions devraient avoir un but; si, par exemple, il s’agit d’une patrouille de garçons des villes, ils
s’en iront avec le projet d’explorer un endroit donné, disons une montagne ou un lac, ou encore un vieux château ou un champ de bataille, ou une plage. Ou encore, ils iront rejoindre l’un ou l’autre des camps d’Eclaireurs.

S’il s’agit, au contraire, d une patrouille de campagnards, elle ira dans une grande ville, pour visiter ses monuments, le jardin zoologique, le cirque, les musées, etc. Et n’oubliez pas de tout observer, en marchant le long des routes; tâchez de vous rappeler autant que possible tout votre voyage, afin de pouvoir donner des indications à ceux qui suivront cette route après vous. Faites-vous une carte. Il va sans dire que les explorateurs tiennent un journal, qui rend compte brièvement de l’emploi de chaque jour, avec des dessins ou des photographies représentant les choses intéressantes rencontrées au cours du voyage.

Croisières en canot.

A côté de la marche et de la bicyclette, les croisières en bateau sont aussi vivement recommandées aux Eclaireurs; mais aucun ne devrait être autorisé à canoter à moins d’être bon nageur, parce que les accidents ne sont pas rares; si tout le monde sait nager, une aventure ne fait pas de mal, au contraire c’est plutôt une bonne expérience à faire.

J’ai fait jadis une croisière avec deux de mes frères. Nous prîmes un bateau à voiles et nous remontâmes la Tamise aussi loin que nous le pûmes, jusqu’à ce qu’elle devint si étroite que nous étions continuellement obligés de quitter notre bateau et de le tirer par-dessus les troncs qui lui barraient la route et dans les endroits où l’eau manquait. Ensuite, nous passâmes sur l’Avon, dont la source est près de celle de la Tamise mais qui coule dans la direction de l’ouest; nous commençâmes à naviguer là où la rivière était très étroite et peu à peu nous descendîmes jusqu’à ce qu’elle fût devenue un grand cours d’eau, et ainsi à travers Bath et Bristol jusqu’à la Severn. Puis à travers la Severn et le long du Wye jusqu’au Pays de Galles. Nous avions avec nous notre tente, des provisions et ce qu’il fallait pour faire la cuisine. Impossible d’imaginer une expédition plus agréable; et ça ne nous ; coûta pas cher.

A la montagne

Les courses de montagne sont aussi un sport grandiose qui
met en œuvre toutes les ressources de l’Eclaireur. Il faut qu’il trouve son chemin et qu’il s’assure quelque confort.

On est très facilement désorienté, car en montant et descendant sur les flancs d’une montagne on perd de vue les points de repère coutumiers. Il faut recourir au soleil et à la boussole pour savoir
de quel côté il faut aller.

On risque aussi le brouillard; il vient parfois déjouer les combinaisons d’hommes qui connaissent d’un pays chaque pouce de terrain. Cela m’est arrivé une fois en Ecosse. J’étais avec un montagnard auquel je me fiais, mais, au bout d’un moment, je crus devoir lui faire remarquer que le vent avait changé; nous l’avions eu à gauche au départ et maintenant il soufflait de droite. Cela ne le troubla pas, il alla de l’avant. Bientôt j’observai que le vent nous soufflait dans le dos; c’était ou le vent, ou la montagne, ou nous-mêmes qui tournions. L’événement confirma la supposition que j’avais faite antérieurement: ce n’était ni le vent, ni la montagne, c’était nous qui avions fait un tour complet et qui nous retrouvions au même point qu’une heure auparavant.

Les Eclaireurs, en montagne, s’exerceront à s’encorder comme font les guides pour traverser les glaciers. Il faut environ cinq mètres de corde entre deux hommes. La corde s’attache autour de la taille par un nœud que tout Éclaireur apprendra à faire
(n° 5, VIIIme bivouac), ce nœud devant se trouver du
côté gauche. Chacun doit se tenir à une assez grande distance de l’homme qui marche devant lui pour que la corde soit tendue. Ainsi, quand l’un vient à glisser, les autres tirent sur la corde de tout leur poids pour la tendre jusqu’à ce qu’il ait repris pied. Il faut un mètre et demi de corde pour faire une boucle. Aux deux bouts d’une corde on se sert du nœud n° 5, au milieu, du n° 8.

Patrouilles.

Les Éclaireurs vont généralement deux à deux, quelquefois aussi, ils vont seuls; quand ils marchent en groupes, ils prennent le nom de patrouille.

Il est très rare que les Éclaireurs d’une même patrouille se tiennent près les uns des autres; ils se dispersent au contraire de
façon à voir une plus grande étendue du pays; en outre, si l’ennemi vient à les surprendre, ils ne seront pas tous pris, quelques-uns pourront aller donner l’alarme. Une patrouille de six Éclaireurs
travaillant en plein air se groupera d’habitude ainsi:

Patrouille en rase campagne

prenant la forme d un cerf-volant avec le chef de patrouille au milieu; dans la rue ou sur une route, elle prendra la même position, les Eclaireurs de flanc se tenant près des haies ou des murs.
L’Eclaireur n° 2 est devant, les nos 3 et 4 à droite et à gauche, le n° 5 est en arrière, et le n° 6 avec le chef (n° 1 ) au milieu.

Patrouille sur une route ou dans la rue.

Quand une patrouille traverse un espace découvert, où elle a chance d’être vue par l’ennemi ou par des fauves, elle doit s’arranger à se mettre à couvert aussi rapidement que possible, en adoptant le pas de l’Éclaireur, c’est-à-dire en marchant et courant alternativement d’un abri à l’autre.

Dès qu’elle est à l’abri, elle peut se reposer et regarder autour d’elle avant de se remettre en route. S’il vous arrive, quand vous êtes à l’avant-garde, de perdre de vue votre patrouille, il faut que,
passant au travers de buissons, de fourrés, etc., vous brisiez des branches ou des tiges de roseaux tous les quelques mètres, en ayant soin de diriger en avant le bout de ces branches pour montrer le chemin que vous avez pris; de cette manière, vous pourrez tou-ours revenir en arrière, et si la patrouille ou qui que ce soit d’autre passe par là, ils ne pourront manquer de retrouver votre trace; d’après la fraîcheur de l’herbe, ils pourront juger à quel moment vous avez passé par là. Il est toujours utile de marquer les arbres, c’est-à-dire de détacher un morceau d’écorce avec une hache ou un couteau, de faire des marques de craie sur les murs, de dessiner dans le sable, de déplacer des pierres, bref, de laisser des traces
de votre passage.

Quand une troupe marche en corps le long d’une route, c’est toujours une bonne chose de se partager la route. Les Eclaireurs marcheront en file creuse, de chaque côté du chemin. De cette manière, ils ne seront pas incommodés par la poussière, et ils ne gêneront pas le trafic.

Marches de nuit

Les Éclaireurs doivent être capables de retrouver leur chemin, de nuit comme de jour. Les éclaireurs militaires marchent surtout de nuit, de manière à rester cachés, et ils dorment le jour.

Mais, si l’on ne s’y est pas longuement exercé, on risque fort de se perdre la nuit; les distances paraissent plus considérables, les bornes sont difficiles à voir. De plus, on risque de faire plus de bruit la nuit que le jour, en marchant accidentellement sur des bâtons cassés, en heurtant des pierres, etc.

Si vous guettez un ennemi de nuit, il faut, plus qu’à vos yeux, vous fier à vos oreilles et aussi à votre nez, car un Eclaireur qui s’est bien exercé à flairer et qui n’a pas gâté son odorat par le tabac, peut souvent sentir un ennemi à une bonne distance. Moi-même, je l’ai souvent fait et je m’en suis très bien trouvé.

Les Eclaireurs en patrouille marcheront plus près les uns des
autres la nuit que le jour, et dans des endroits très sombres, en forêt, etc., chacun devra tenir l’extrémité du bâton de son voisin.

Quand l’Eclaireur sera seul, son bâton lui sera des plus utiles pour reconnaître son chemin dans l’obscurité, pour pousser de côté les branches sèches, etc.

Des Eclaireurs qui travaillent isolément dans la nuit restent en communication en s’appelant de temps en temps par le cri d animal qui est celui de leur patrouille. On ne risque pas ainsi d’éveiller les soupçons de l’ennemi.

Tous les Éclaireurs doivent apprendre à se diriger de nuit
d’après les étoiles.

Comment trouver son chemin.

Parmi les Peaux-Rouges éclaireurs on donne à l’homme qui sait bien se diriger dans un pays inconnu le nom de «trouveur de voies », et c’est là une dénomination des plus honorables, car un Éclaireur qui ne saurait pas trouver son chemin serait médiocrement utile.

Plus d’une recrue s’est perdue dans la brousse et n’a jamais été retrouvée, simplement parce qu’elle n’avait pas été initiée dans son jeune âge au métier d’éclaireur ; on ne lui avait pas appris à « ouvrir l’œil et le bon ». J’en ai connu moi-même plusieurs exemples.

Au pays des Matabélés, un homme descendit un, jour d’un wagon pour marcher quelques minutes pendant qu’on dételait les mules pour un relai. Il fit quelques mètres dans le fourré; quand le wagon fut prêt à repartir, on l’appela et on le chercha de tous côtés, mais sans résultat; à la fin, comme on ne pouvait plus attendre, le wagon poursuivit sa route, mais on donna des ordres pour que les recherches fussent continuées. Une véritable battue fut organisée; on suivit les traces de cet homme pour autant que cela était possible au milieu de la brousse, mais ce ne fut que plusieurs semaines après, qu’on découvrit son cadavre à près de vingt-cinq kilomètres de l’endroit où il avait disparu, et tout près du chemin.

Il arrive souvent que, si vous errez seul dans les fourrés, ou même dans une ville, vous négligez d’observer dans quelle direction vous marchez; ou plutôt vous en changez fréquemment pour contourner un arbre déraciné, ou un rocher, ou quelque autre obstacle, et l’ayant dépassé, vous ne reprenez plus exactement la même direction (on est généralement porté à incliner vers la droite), et c’est ainsi que, croyant marcher droit devant vous, vous êtes très loin de le faire; et si vous n’avez pas soin d’observer le soleil, ou votre boussole, ou des points de repère, vous vous trouverez au bout de peu de temps avoir fait un grand cercle.

En pareille occurrence, une recrue qui se trouve tout à coup
éloignée de ses camarades, égarée, toute seule dans la forêt, perd en général la tête, s’affole et se met à courir, alors que la chose à faîte serait de garder son sang-froid et d’adopter résolument un
parti utile: retourner en arrière, ou si cela n’est pas possible, chercher du bois pour allumer un feu afin d’avertir ceux qui vous cherchent.

Mais ce qui vaut mieux, c’est de ne pas se perdre.

Tout vieil éclaireur, dès qu’il sort le matin, se rend compte de quel côté le vent souffle.

Quand vous partez pour une marche seul ou en patrouille, il faut d’abord vous assurer, au moyen de la boussole, de la direction que vous prenez, et aussi chercher à savoir d’où vient le vent; cela vous aidera beaucoup à conserver votre direction, surtout si vous n’avez pas de boussole et si le soleil ne brille pas.

Ensuite, vous devriez chercher des points de repère, remarquer telle colline ou telle tour, les clochers, les arbres caractéristiques, les rochers, les portails, les monticules, les ponts, etc., bref, tout ce qui vous permettra de retrouver votre chemin ou de
donner des instructions à ceux qui voudraient suivre après vous la même route. Si vous notez soigneusement vos points de repère, il vous sera facile de retrouver votre chemin en revenant, mais ayez soin de vous retourner quelquefois pour les regarder après les avoir dépassés, afin de les bien reconnaître quand vous les verrez en sens inverse au retour. Ce conseil est bon à suivre aussi, si vous êtes dans une ville inconnue, ou si vous y arrivez par chemin de fer; dès que vous débarquez de la gare, rendez-vous compte de la position du soleil et regardez de quel côté va la fumée. Prenez aussi vos points de repère qui seront des monuments, des églises, des cheminées d’usines, des noms de rues ou de magasins, etc., afin qu’après avoir traversé de nombreuses rues vous puissiez revenir en arrière et retrouver la gare sans difficulté. C’est extraordinairement facile quand on en a un peu l’habitude, et
cependant bien des gens se perdent après avoir tourné quelque coin de rue dans une ville inconnue.

Pour se rendre compte de la direction du vent quand il ne souffle
que très peu, il faut jeter en l’air quelques brins d’herbe sèche, prendre une poignée de fine poussière et la laisser tomber, ou sucer son pouce de manière qu’il soit tout à fait humide et laisser le vent souffler dessus; le côté du doigt qui est froid vous dira d’où vient le vent. Si vous êtes chargé de servir d’éclaireur à un groupe de promeneurs, il vous faut marcher en tête et fixer toute votre attention sur ce que vous faites, parce que c’est d’après de très faibles indices que vous avez à vous diriger, et si vous vous mettez à causer et à vous occuper d’autre chose, vous risquerez fort de les laisser échapper. Les vieux éclaireurs sont en général
très silencieux parce qu’ils ont pris l’habitude de mettre toute leur attention à ce qu’ils font.

On voit souvent une recrue, lors de sa première sortie, qui, trouvant que l’éclaireur, le chef, est bien seul, s’approche de lui, marche à ses côtés et entame une conversation, jusqu’à ce que le chef lui montre, d’une manière ou de l’autre, qu’il ne se soucie pas autrement de l’avoir près de lui. Vous avez remarqué sur les bateaux à vapeur la pancarte: « Défense de parler au pilote »; la même consigne s’applique à l’éclaireur qui guide une compagnie. Quand vous jouez le rôle d’éclaireur, il vous faut concentrer toutes vos pensées sur un unique sujet, comme le fit Kim lorsque Lurgan voulut l’hypnotiser.

Le temps.

Un Eclaireur devrait connaître les signes du temps, notamment quand il s’embarque ou qu’il est en montagne. Il devrait savoir
lire un baromètre.

Il y a des règles qu’il est bon de se rappeler:
– Ciel rose au coucher du soleil: beau temps.
– Rouge le matin: mauvais temps.
– Jaune brillant au coucher du soleil: vent.
– Jaune pâle: pluie.
– Brouillard de bonne heure: beau temps.
– Vue claire des lointains: pluie passée ou à venir.
– Légers nuages à contours indécis: beau temps; nuages épais à contours définis: vent, etc.

Orientation.

Tous les mousses connaissent par cœur les points de la boussole, et les Eclaireurs devraient en savoir autant. Je viens de parler
beaucoup du nord, et vous comprendrez que pour un Éclaireur qui cherche son chemin, rien n’est plus important que de savoir où est le nord.

Si vous n’avez pas de boussole, le soleil vous dira de jour où est le nord, la lune et les étoiles vous le diront de nuit.

A 6 heures du matin, le soleil est exactement à l’est, à 9 heures au sud-est, à midi au sud, à 3 heures au sud-ouest, à 6 heures à l’ouest. En hiver il se couche bien avant 6 heures, mais il n’a pas encore atteint l’ouest quand il se couche.

Les Phéniciens qui firent le tour de l’Afrique dans le vieux temps, remarquèrent qu’à leur départ le soleil se levait à leur gauche: ils allaient vers le sud. Ils racontèrent qu’ensuite ils étaient arrivés dans un pays étrange où le soleil se levait du mauvais côté, à droite. La vérité est qu’ils avaient doublé le cap de Bonne-Espérance et qu’ils remontaient vers le nord le long de la côte orientale de l’Afrique.

Pour trouver le sud à un moment quelconque du jour à l’aide du soleil, tenez votre montre à plat, le cadran en haut, de façon que le soleil luise dessus. Pointez la petite aiguille vers le soleil. Alors, sans bouger votre montre, posez la tranche d’un morceau de papier ou bien un crayon au travers du cadran, de façon à diviser en deux parties égales l’angle formé par la petite aiguille et le XII de la montre. Cette ligne médiane ira du sud au nord.

L’instructeur fera trouver ainsi le sud à chacun de ses hommes.

Les ÉTOILES. — Les étoiles semblent tourner au-dessus de nous durant la nuit; en réalité c’est notre Terre qui tourne sur elle-même au-dessous d’elles.

Il y a divers groupes d’étoiles auxquels on a donné des noms parce qu’on y peut voir le dessin de certaines formes humaines ou animales.
La Grande Ourse est facile à trouver. C’est la seule ourse de ma connaissance qui ait une si longue queue. Et c’est la plus utile à connaître, car ses deux pattes de devant permettent de trouver le nord exactement. En prolongeant du regard la ligne qu’elles forment, on trouve une étoile très brillante, l’Etoile polaire, la dernière de la queue de la Petite Ourse.

Toutes les étoiles et les constellations se meuvent en cercle, comme je l’ai dit, durant la nuit, mais l’Etoile polaire reste fixe, au nord. Si vous comparez le ciel à un parapluie tenu
sur votre tête, la Polaire serait l’endroit où la canne passe au centre de l’étoffe.

On a fabriqué de vrais parapluies en y figurant les étoiles dans leurs positions exactes. Quand on les ouvre et qu’on les fait tourner lentement au-dessus de sa tête, on voit exactement toutes les étoiles avancer doucement dans leur ronde, la Polaire seule restant fixe au milieu.

Il y a un autre groupe d’étoiles, une constellation, comme on dit, qui représente un homme avec un baudrier et une épée: c’est Orion. On
reconnaît tout de suite les trois étoiles alignées qui forment son baudrier, et les trois autres toutes proches dans une autre direction, qui sont son épée. Puis deux étoiles plus bas, à droite et à gauche: ses pieds, deux autres au-dessus de la ceinture: ses épaules, et entre elles un groupe de trois petites étoiles: la tête.

Orion vous permet de dire de quel côté se trouve le nord, l’Etoile polaire, et de quel côté le sud. Par lui vous le saurez toujours dans quel hémisphère que vous soyez. La Grande Ourse ne se voit que dans l’hémisphère boréal et la Croix du Sud que dans l’hémisphère austral.

Orion et son épée indiquent toujours le Nord et le Sud.

Si, tenant votre bâton contre le ciel, vous menez une ligne partant de l’étoile centrale du baudrier d’Orion, passant par le milieu de la tête puis par deux étoiles brillantes jusqu’à une troisième,
celle-ci est la Polaire.

En sens inverse, si vous partez de l’étoile centrale du baudrier, pour passer par celle du milieu de l’épée, vous arrivez à un nouveau groupe d’étoiles en forme de L, et prolongeant encore d’autant vous arriverez au pôle sud qui, malheureusement, n’est marqué par aucune étoile.
En gros l’épée d’Orion (les trois petites étoiles), est dirigée du
nord au sud.

Les éclaireurs Zoulous appellent le baudrier et l’épée d’Orion « Ingoloubou »: trois porcs poursuivis par trois chiens. Les Masaï de l’Afrique orientale disent que les étoiles du baudrier sont trois jeunes gens poursuivis par trois vieilles filles. Comme vous voyez, tous les éclaireurs connaissent Orion sous des noms divers.

Dans l’hémisphère austral, au sud de l’Afrique, dans l’Amérique du Sud, en Australie, ni la Grande Ourse ni la Polaire ne sont visibles, mais on a la Croix du Sud. La Croix du Sud est un bon
guide pour trouver exactement le pôle austral, et elle joue ainsi pour les éclaireurs de là-bas le rôle de la Grande Ourse qui nous montre le nord.

POUR LES INSTRUCTEURS
Exercices de reconnaissance.

Enseignez à vos hommes à retrouver la Grande Ourse, la Polaire et Orion, a juger de l’heure d après le soleil, à trouver le sud avec une montre. Exercez-les à lire les cartes, à trouver leur chemin d! après elles, et à marquer leur route par des rameaux brisés ou des signes
sur le sol.

Pour estimer la largeur d’une rivière, choisissez un objet X sur la
berge opposée: un rocher ou un arbre. Partez de A à angle droit et mesurez en marchant 90 mètres par exemple. Au bout de 60 mètres, plantez un bâton. En arrivant en C, trente mètres plus loin, tournez à angle droit et comptez vos pas jusqu’au moment où le bâton et F objet lointain seront sur une même ligne: la distance de C à D est la moitié de celle de A à X.

Pour trouver la hauteur d’un arbre ou d’un édifice, comptez, mettons 9 mètres, à partir de son pied. Plantez là, en B, un bâton de 2 mètres de haut. Puis éloignez-vous jusqu’au moment où, couché sur le sol, vous verrez sur une même ligne F extrémité
du bâton et le sommet de F arbre. Alors la distance totale A C est à la hauteur cherchée A X comme la distance B C est à la hauteur du
bâton. Ainsi, si A C vaut 9 mètres et que B C en vaille 3 (le bâton
étant de 2 mètres), F arbre a 6 mètres de haut.

Jeux.

Par la carte.

L’instructeur emmène sa patrouille, en formation ramassée, dans une ville étrangère ou dans une partie de pays inconnue à ses hommes. Il a avec lui une carte routière. Après leur avoir expliqué où il s’agit d’aller, il charge chacun des Eclaireurs de diriger à son tour la patrouille pendant sept minutes si l’on est à bicyclette, ou pendant un quart d’heure si 1 on est à pied. Chacun devra lire sur la carte le chemin à suivre et on appréciera par des points son habileté.

A la montagne.

Trois lièvres vont, au point du jour, se cacher dans la montagne. Après déjeuner une meute de chiens part à leur recherche. Il s’agit de les trouver avant une heure déterminée: quatre heures de l’après-midi par exemple. Si on les aperçoit, même avec des jumelles, cela compte, pourvu que l’on puisse dire précisément qui est celui qui a été découvert. On définit certaines limites qu’il n’est pas permis de franchir sans être disqualifié.

Trouver le nord.

Les Eclaireurs sont disposés à 20 mètres l’un de l’autre, chacun place son bâton sur le sol dans la direction de ce qu’il estime être le nord, cela sans avoir recours à aucun instrument. Il se retire à trois pas de son bâton. L’arbitre compare les bâtons à la boussole; celui qui a le mieux deviné a gagné. Ce jeu est bon à faire de nuit ou quand le ciel est couvert, aussi bien que par les
jours clairs.

POUR LES INSTRUCTEURS
Exercez vos hommes à s*encorder pour la montagne. Si vous avez
des canots à votre disposition, exercez-les à aborder, à faire de la vitesse, à pagayer, à aller à la gaffe, à nouer des cordes, bref à toutes les pratiques du canotage. Habituez*vous à lire le baromètre.

Patrouilles de nuit.

Habituez les Éclaireurs à regarder et à écouter la nuit; postez des sentinelles, armées de fusils et de cartouches à blanc, ou plus simplement d’un sifflet. Elles restent immobiles ou se promènent. D’autres éclaireurs, les ennemis, doivent les épier et les tuer. Quand une sentinelle entend un bruit, elle tire, appelle ou siffle. Les Eclaireurs alors font halte et ne bougent pas. L’arbitre demande à la sentinelle de quel coté venait le bruit; si sa réponse est juste elle a gagné. Si l’ennemi parvient en rampant jusqu’à 10 mètres d’une sentinelle sans être vu, il laisse à terre un objet, un mouchoir par exemple, et se retire, toujours en rampant. Puis il fait du bruit de façon que la sentinelle appelle, et à l’arrivée de l’arbitre il explique ce qui s’est passé. On peut s’exercer de jour en bandant les yeux des sentinelles.

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SIXIÈME BIVOUAC
ÉCLAIREURS DE MER
VIEUX LOUPS DE MER
Aux jours de la reine Elisabeth, il y a quatre cents ans de cela, les malins espagnols, anglais, hollandais et portugais se couvraient Ions de gloire par les hardis voyages qu’ils entreprenaient sur de petits voiliers à travers des océans inconnus; ils ne cessaient de il /‘(ouvrir pour leur patrie des pays nouveaux aux extrémités de la
terre.
Sur un bateau qui faisait du cabotage dans la Manche, il y avait mi petit mousse qui rêvait de devenir un de ces explorateurs. Mais t |ituticl il regardait la réalité en face, il lui paraissait sans espoir i|ii un pauvre bout d’homme comme lui pût jamais s’élever dans c monde au-dessus de la position qu’il occupait sur ce misérable petit bateau côtier, de cette dure vie où, mal nourri, il recevait plus souvent des coups que des sous. Mais la suite de l’histoire montre comment un garçon, si pauvre soit-il, peut arriver, à condition de s’y entêter. Le jeune Drake, c’était son nom, arriva, malgré toutes les difficultés. Il travailla dur, s’appliquant à faire bien son devoir, si bien que ses officiers virent qu’il tenait à arriver. Il
«
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ÉCLAIREURS
obtînt de l’avancement et, pour finir, se trouva capitaine de deux petits bateaux, l’un de soixante-dix et l’autre de trente tonneaux. Avec ces navires il partit pour combattre les Espagnols, qui étaient alors nos ennemis, au delà de l’Océan dans l’Amérique centrale. Il ne se borna pas à les combattre, il réussit à prendre plusieurs de leurs vaisseaux et à faire dans leurs villes un butin précieux. A son retour on l’appela à commander une expédition, plus importante, de cinq navires dont le plus grand néanmoins n’était que de cent tonneaux; le plus petit en jaugeait quinze. A cette époque-là on trouvait cela de beaux navires mais ils n’étaient pas plus grands que les schooners côtiers et les grosses barques de pêche d’aujourd’hui.
(Montrez une mappemonde, )
Avec ces vaisseaux il fit voile le long de la côte occidentale d’Afrique, puis traversa vers le Brésil et longea l’Amérique du Sud pour tourner dans le Pacifique à travers le dangereux et difficile détroit de Magellan. Il remonta la côte occidentale de l’Amérique jusqu’en Californie, traversa l’Océan jusqu’aux Indes et de là par le Cap de Bonne Espérance jusqu’en Angleterre. Il lui fallut près de trois ans pour faire ce voyage. Son bon navire, La Biche d’or, quoique bien battu et blessé par les gros temps et par la guerre, fut accueilli avec de grands honneurs à Deptford. La reine elle-même vint trouver l’explorateur à son bord et se servant de 1 épée qu’il avait si glorieusement portée, elle l’arma chevalier. On
l’appela dès lors Sir Francis Drake.
Bientôt après, le roi Philippe d’Espagne entreprit d’armer une
flotte énorme, et quoiqu’il prétendît qu’il n’avait pas l’intention de s’en servir contre l’Angleterre, Drake, qui était à la tête d’une petite flotte de vaisseaux anglais, soutint qu’il ne pouvait avoir d’autre objet. Tôt après il intercepta une lettre secrète qui prouva que ses soupçons étaient fondés. Drake partit avec ses vaisseaux. Il croisa devant les côtes d’Espagne, détruisant navires et entrepôts partout où il en trouvait et entravant ainsi les préparatifs de
guerre. Il brûla ou coula ainsi douze mille tonnes de frêt, ce qui, en ce temps-là, représentait un très grand nombre de vaisseaux. Dans son rapport il appelait cela « roussir la barbe au roi
d’Espagne ».
NELSON
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A la fin, en 1588, la grande flotte espagnole, Y Armada, fut prête et elle fit voile pour l’Angleterre. Mais un grand nombre d’amiraux et de marins britanniques l’attendaient: avec Lord Charles Howard d’Effingham, amiral en chef, il y avait là Frobisher et Davis, Walter Raleigh et Francis Drake.
A vrai dire ils n’avaient que 67 bateaux à opposer aux 130 navires des Espagnols, mais ils partirent tout de suite et, attaquant l’ennemi avant qu’il fût vraiment prêt à combattre, ils le forcèrent à se retirer à Dunkerque. Là les Espagnols se sentaient en sûreté; ils ne voulurent pas sortir jusqu’à ce qu’une nuit les Anglais envoyèrent des brûlots qui les obligèrent à prendre la mer. Il s’ensuivit une terrible bataille navale dans laquelle Drake sur la Revanche eut le dessus. Le combat dura tout le jour, les canons tonnant et les navires coulant ou sautant.
A la fin, les Espagnols se retirèrent vers la mer du Nord dans la seule direction qui leur restât ouverte. Ils contournèrent l’Ecosse et l’Irlande, endommagés par les projectiles et battus par la tempête si bien que pour finir, de cette magnifique flotte de 130 voiles partie pour conquérir l’Angleterre, il ne revint que 53 navires avec
9000 hommes environ sur 30, 000. « L’orgueil de l’Espagne mordit
la poussière et du coup l’Angleterre se plaça au premier rang des nations. » (Prothero. )
C’est une histoire du vieux temps, comme celle de Trafalgar où nous luttions contre les Français, et comme nos luttes dans la Baltique contre les Danois et les Russes à la fois. Tout cela est passé
et nous sommes en excellents termes depuis lors.
Ces durs combats nous ont appris h nous respecter mutuellement. Et maintenant nous avons des Eclaireurs en grand nombre dans tous ces pays, c’est une raison de plus pour être encore meilleurs amis à l’avenir.
i
Nelson
Deux cents ans après Drake, Nelson. Il était fils d’un pasteur du Norfolk, un pauvre petit garçon maladif. Il servit pour un temps dans la marine marchande. Son premier pas vers la gloire date du jour où le navire où il était s’empara d’un vaisseau ennemi. Le premier lieutenant reçut l’ordre de prendre une chaloupe et quel-
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ÉCLAIREURS
ques hommes pour aller visiter la prise. La mer était mauvaise et l’officier abandonna l’entreprise. Alors Nelson, en bon éclaireur, s’avança et offrit ses services. Il réussit et fut dès lors noté comme un bon officier. Il n’est pas de garçon qui ne sache comment, après une magnifique carrière de combats pour l’Angleterre, il remporta pour finir la grande victoire navale de Trafalgar sur les flottes française et espagnole, et comment il tomba mortellement blessé à l’heure même de la victoire.
Son œuvre, et celle des autres grands capitaines qui servirent

«
avec lui, acheva d’affirmer la suprématie de la marine anglaise, dont Drake et les loups de mer de son temps avaient posé les fondements. Les marines de nos ennemis furent complètement chassées des mers; les flottes de commerce ne purent continuer à naviguer que pour autant que les pays restaient en paix avec la
Grande-Bretagne.
Cette suprématie a duré jusqu’à nos jours. Mais nous avons des rivaux et c’est le devoir de beaucoup de nos jeunes garçons de devenir de bons marins comme leurs pères, si nous voulons maintenir la puissance que ceux-ci nous ont gagnée.
Cette puissance maritime nous a permis récemment de mettre fin à l’odieux commerce d’esclaves qui se faisait sur les côtes de
l’Afrique. Elle nous a permis de découvrir pour notre Empire des terres nouvelles et d’apporter la civilisation aux extrémités du monde. Les entreprises de notre flotte ont fait le succès de notre commerce dans le monde entier, et assuré par là-même la prospérité de notre peuple dans la mère-patrie et dans les dominions d’outremer.
Le marin a une vie grandiose. Il visite sans cesse des pays étranges et curieux. Sur un bon navire à manœuvrer à travers des mers lointaines, il est toujours en lutte avec les flots et les vents. Une vie libre et saine en plein air, engendrant la bonne humeur, l’adresse, l’audace, qui font nos marins si justement chéris de tous. Et tout le temps, ils rendent à leur pays des services magnifiques.
Une fois de plus dans cette guerre qui nous a été imposée notre puissance sur mer a sauvé le pays. Notre flotte a tenu la marine ennemie enfermée dans ses ports et toutes les fois que ses navires se sont heurtés aux nôtres en dehors de ces abris, ils ont été détruits.
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SUR L’EAU
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Le résultat a été que nous avons pu transporter nos troupes et leurs approvisionnements par delà les mers dans toutes les directions à peu près sans être interrompus par l’ennemi. Même ses sous-marins sur lesquels il comptait pour détruire notre flotte ont fait bien peu de chose; la plupart du temps ils ont été capturés ou coulés par nos vaisseaux.
Les Eclaireurs ont prêté à la marine une aide efficace. En prenant tout le long de nos rivages les fonctions de garde-côtes* ils ont permis à un grand contingent d’hommes de rejoindre la flotte H; de s’embarquer.
NOS SAUVETEURS
On parle beaucoup des héros de la vie journalière. Il n’y a probablement pas de plus grands héros, ni d’« éclaireurs » plus authentiques que les marins qui montent nos bateaux de sauvetage tout le long des côtes de la Grande-Bretagne. Il leur faut être toujours prêts à partir, à tout instant, quand la tempête est à son comble, pour affronter le danger et porter secours à autrui. Ils le font si souvent et si tranquillement que nous avons pris l’habitude de trouver ça tout naturel, mais ce n’en est pas moins splendide, ni moins digne de notre admiration.
Je suis heureux qu’il y ait autant d’Éclaireurs pour s’enrôler dans les Éclaireurs de mer; en apprenant à manœuvrer un bateau ils se préparent à faire leur devoir au service du pays comme matelots sur nos navires de guerre, sur nos vaisseaux de commerce, ou comme sauveteurs le long de nos côtes.
Un bateau peut être un ciel ou un enfer. Tout dépend des gaillards qui s’y trouvent. S’ils sont hargneux, grognons et sales, ils seront une triste compagnie. Si, comme des Eclaireurs, ils sont
décidés à voir gaîment le bon côté de toute chose, à faire échange de bons procédés, à mettre autour d’eux de l’ordre et de la propreté, ce sera une joyeuse famille où on jouira de la vie.
Sur l’eau.
Il est très nécessaire qu’un Éclaireur sache nager. On ne sait jamais si on n’aura pas à traverser une rivière, à nager pour sauver sa vie, ou à se jeter à l’eau pour empêcher quelqu’un de se
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ÉCLAIREURS
noyer. Aussi que ceux d’entre vous qui ne savent pas nager se mettent au plus tôt en devoir d’apprendre. Ce n’est pas bien difficile.
Un Eclaireur doit aussi savoir conduire un bateau, le faire aborder proprement à un débarcadère. Vous devez savoir ramer en mesure avec toute une équipe, et aussi vous diriger tout seul avec
une paire de rames et même avec une seule rame manœuvrée à l’arrière du bateau. En ramant, retourner son aviron quand on l’a retiré de l’eau pour empêcher que par sa résistance au vent il n’arrête la marche du canot. Vous devez savoir lancer un bout de corde de façon qu’il accroche un autre bateau ou un pilier de débarcadère, et aussi savoir attraper et assurer une corde que l’on vous lance. Il faut savoir faire un radeau avec ce que l’on a sous la main: planches, poutres, tonneaux, sacs de paille, etc., car on peut souvent avoir à traverser une rivière avec armes et bagages et n’avoir pas de bateau à sa disposition, ou bien on peut se trouver dans un naufrage avec des gens qui ne savent pas que faire. Sachez lancer une bouée à un homme qui se noie. Tout cela ne s’apprend que par l’exercice.
Un Eclaireur doit savoir pêcher, sinon vous pourrez vous trouver dans la détresse et peut-être mourir de faim, au bord d’une rivière où il y aurait amplement de quoi vous nourrir si vous saviez vous y prendre.
Exercices. — Ramer et pagayer seul ou en équipe, gouverner,
aller à la voile, nager.
Nouer et épisser des cordes.
Construire, réparer, calfater, peindre un canot.
Principes de la machine à vapeur, de la grue hydraulique et de la grue à vapeur.
Couper et coudre des voiles et des vêtements.
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JEUX
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Jeux.
Une chasse à la baleine.
La baleine est une large poutre de bois avec une tête et une queue grossièrement figurées. Deux canots, portant chacun une patrouille, prennent habituellement part à la chasse. Le chef fait fonction de capitaine, le second de harponneur, les autres rament.
Chasse à la baleine
Les deux canots ont chacun leur port d’attache distant d’un
kilomètre environ. L’arbitre place la baleine à égale distance des
deux ports, et à un signal donné les deux canots font force de
rames pour rejoindre l’animal. Le premier harponneur qui arrive
à portée lance son arme et le bateau se retire en traînant après lui
la baleine. Le second bateau se met à sa poursuite, harponne la bête à son tour et tente de l’amener à son port à lui. Pour finir, les
plus forts emmènent la baleine, et parfois le bateau ennemi lui-même, jusque chez eux.
On verra que la discipline, le silence absolu, une attention stricte aux ordres du capitaine sont les éléments essentiels du succès. Ce jeu montre, par-dessus tout, la valeur de la discipline.
Autres jeux navals: Exploration. Naufrage. Négriers. Contrebandiers.
Visiter si possible un vaisseau de ligne, un transatlantique et des
docks.
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ÉCLAIREURS
SEPTIÈME BIVOUAC
SIGNAUX ET COMMANDEMENTS
Les éclaireurs sont très habiles à faire passer secrètement des informations d’un endroit à un autre, et à se faire des signaux. Si jamais l’ennemi envahissait notre pays, de jeunes garçons exercés dans cet art seraient de la plus grande utilité.
Avant le siège de Mafeking je reçus du Transvaal, d’un ami inconnu, un message secret m’avertissant des projets des Boers contre cette place et du nombre d’hommes, de chevaux et de canons qu’ils rassemblaient. Ce message était contenu dans une minuscule lettre roulée en une boulette, placée dans un petit trou creusé dans une canne grossière, et fixée là par de la cire. On
avait donné la canne à un indigène sans rien lui dire d’autre sinon
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qu’il devait venir à Mafeking et me la remettre en cadeau. Naturellement, quand il me la remit en me disant que c’était de la part d’un blanc, je me doutai qu’il y avait quelque chose et je ne tardai pas à découvrir cette lettre si importante.
Une autre fois je reçus une lettre d’un ami, écrite en hindoustani mais en caractères anglais, de sorte que quelqu’un qui aurait essayé de lire cette lettre, aurait été très embarrassé de savoir en quelle langue elle était écrite; pour moi, c’était clair comme le jour.
Quand nous envoyions des lettres de Mafeking, nous les remettions à des indigènes qui réussissaient à se glisser entre les avant-postes des Boers; une fois qu’ils avaient traversé la ligne des sentinelles, les Boers les prenaient pour leurs propres indigènes et ne s’occupaient plus d’eux. Voici comment ils portaient ces lettres: elles étaient toutes écrites sur du papier léger et enfermées dans de petites enveloppes; environ une de mi-douzaine de ces lettres étaient roulées et serrées étroitement ensemble de façon à former une petite balle que l’on enveloppait ensuite dans du papier de plomb, semblable à celui qui sert à emballer le thé. l’éclaireur indigène portait plusieurs de ces petites balles à la main, d’autres suspendues par des ficelles à son cou. S’il se voyait en danger d’être pris par un Boer, il laissait tomber ses balles sur
SIGNAUX
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le sol où elles faisaient l’effet d’être autant de pierres; en regardant autour de lui, il prenait deux ou trois points de repère qui lui permissent de retrouver la place exacte où ses lettres étaient tombées; ensuite il avançait hardiment jusqu’à ce qu’il fût accosté par le Boer, sachant bien que si celui-ci venait à le fouiller, il ne découvrirait rien qui fût de nature à éveiller ses soupçons; il attendait ensuite un jour ou deux jusqu’à ce que tout danger fût écarté, et il revenait chercher ses lettres que, grâce aux points de repère, il n’avait pas de peine à retrouver. Vous n’oubliez pas que ces points de repère sont des arbres, des monticules, des rochers, etc., ne changeant pas de place; ils serviront de poteaux indicateurs à l’Eclaireur qui les aura observés et gravés dans sa mémoire-
Signaux»
Le capitaine John Smith a été le premier à se servir de signaux pour transmettre des messages parlés; il y a de cela trois cents ans.
Il combattait alors avec les Autrichiens contre les Turcs. Il considérait que c’était une mauvaise action de la part des chrétiens, mais contre des païens, il serait venu à l’aide de n’importe quels chrétiens, même étrangers; c’est ainsi qu’il se joignit aux Autrichiens contre les Turcs.
Il inventa un système de torches qui, disposées la nuit d’une certaine façon, représentaient des mots déterminés.
Plusieurs officiers de l’armée autrichienne se servirent de ces signaux et apprirent à les connaître.
Un de ces officiers fut un jour assailli par les Turcs. John Smith vint à son secours avec une troupe et il arriva de nuit sur une colline avoisinant la ville. Là il fit plusieurs signaux avec ses torches, l’officier assiégé à l’intérieur de la ville put les déchiffrer et apprit ainsi ce qu’il devait faire pendant que Smith attaquerait l’ennemi par derrière. Grâce à cette manœuvre, l’ennemi fut obligé de se retirer.
On n’apprend pas en un jour à transmettre des signaux, mais il vaut la peine d’apprendre à le faire. C’est très amusant, bien sûr, de pouvoir comme ça parler avec son copain d’un côté à l’autre de la rue sans que les gens comprennent de quoi vous parlez, mais
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ÉCLAIREURS
j’ai trouvé ça vraiment utile en plus d’une occasion pour communiquer avec un ami dans des pays déserts; un jour nous étions sur deux montagnes différentes, une autre fois des deux côtés d’un grand fleuve et il y avait des nouvelles importantes à passer.
Feux»
Les Eclaireurs de tous pays se servent de feux en guise de signaux; ils s’arrangent à les faire fumer le jour et flamber la nuit.
Signaux de fumée. — Trois grandes bouffées se succédant lentement signifient: « Continuez. » Une colonne de fumée ininterrompue veut dire: « Halte. » De petites bouffées alternant avec
des grandes signifient; « Danger. »
Pour faire fumer votre feu, allumez-le comme d’habitude, et, dès qu’il aura bien pris, mettez des feuilles vertes, de l’herbe ou
du foin humide, pour le faire fumer.
Couvrez le feu avec une couverture mouillée, enlevez-la pour faire monter une bouffée de fumée, puis remettez-la sur le feu. La bouffée sera plus ou moins grande suivant que vous enlèverez plus ou moins longtemps la couverture. Pour une courte bouffée, soulevez la couverture en comptant: un, deux; remettez-la ensuite en comptant jusqu’à huit, puis soulevez-la de nouveau en comptant deux et ainsi de suite.
Pour une longue bouffée, ôtez la couverture pendant six
secondes.
Signaux lumineux. — Des jets de flammes, longs ou courts, ont a même signification que les jets de fumée dont nous venons de parler. Allumez votre feu avec du bois et des broussailles sèches de manière que votre flamme brille le plus possible.
Deux Eclaireurs tiennent une couverture devant le feu, c’est-à-dire entre le feu et ceux avec lesquels on veut communiquer, de façon que ceux-ci ne voient la flamme qu’au moment voulu. Vous laissez tomber la couverture en comptant deux pour les jets courts, six pour les jets longs, cachant le feu et comptant quatre entre les jets.
En Amérique, pendant la guerre civile, le capitaine Clowry, un officier éclaireur, voulut prévenir un détachement important que l’ennemi était sur le point de l’assaillir pendant la nuit; mais il
FEUX
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lui était impossible de rejoindre ses amis parce qu’il y avait entre eux et lui une rivière débordée qu’il ne pouvait traverser. La
pluie faisait rage.
Qu’eussiez-vous fait à sa place?
Il eut une bonne idée. S’emparant d’une vieille locomotive qui se trouvait là, il alluma le feu et actionna la vapeur; il se mit ensuite à faire jouer le sifflet, à coups tantôt rapides et tantôt prolongés, ce qu’on appelle l’alphabet Morse. Bientôt ses amis l’entendirent, comprirent et répondirent avec une trompette. Il épela ensuite un message d’avertissement qu’ils déchiffrèrent et d’après lequel ils se dirigèrent. Ces 2000 hommes évitèrent ainsi d’être faits prisonniers par surprise.
Dans son livre Du Niger au Nil, le lieutenant Bovd-Alexander raconte comment une tribu indigène de l’Afrique centrale communiquait avec une autre au moyen de battements de tambour. Et j’ai connu des peuplades dans les forêts de la côte occidentale de l ‘Afrique qui en font autant.
Tous les Éclaireurs devraient apprendre l’alphabet Morse. Il est fort utile chaque fois que, sur terre ou sur eau, on veut envoyer des messages par le moyen de drapeaux, et il pourra vous servir aussi à trouver un emploi de télégraphiste. Il n’est pas difficile à apprendre si l’on s’y met avec de la volonté. Je l’ai trouvé précieux pendant la guerre des Boers. Ma colonne essayait de forcer un passage de montagne occupé par une troupe ennemie. Comme ils étaient trop forts pour nous, nous abandonnâmes la partie le soir et laissant beaucoup de feux allumés pour faire croire que nous étions toujours en face de l’ennemi, nous fîmes rapidement pendant la nuit une marche tournante, de sorte qu’au point du jour nous étions exactement derrière lui sans qu’il s’en doutât. Nous trouvâmes là un fil de télégraphe qui reliait sans doute les Boers à leur quartier général à quelque quatre-vingts kilomètres de là. Attachant ce fil à nos appareils nous lûmes tous les messages qu’ils envoyaient et ils nous fournirent les renseignements les plus précieux. Mais nous n’eussions pas été capables d’en profiler si quelques-uns de nos Éclaireurs n’avaient pas connu l’alphabet Morse.
Les signaux de sémaphore que l’on fait en agitant les bras dans différentes positions sont fort utiles et très faciles à apprendre. Il
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ECLAIREURS
n’est pas de soldat ou de matelot qui ne les connaisse. Voici les lettres et les positions dans lesquelles il faut placer ses bras pour chacune; cela a 1 air complique, mais, a 1 usage, c est fort simple.
Nous donnons les signaux tels qu’ils apparaissent au lecteur. Pour les lettres de À à G, on ne se sert que d’un bras en lui faisant décrire un huitième de cercle à chaque lettre. Puis de H à N (à l’exception de J) le bras droit garde la position de A et le bras gauche se meut comme auparavant. De 0 a S le bras droit est en B et le bras gauche fait de nouveau son tour. Pour T, U, Y et le signe qui veut dire ^ Annulez », le bras droit est en C et le bras gauche prend dans le cercle quatre positions différentes.
COMMANDEMENTS
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Les lettres de A à I désignent aussi les chiffres de 1 à 9 (K prenant la valeur de 0) à condition que vous avertissiez par le signe:
que vous allez transmettre des nombres et que vous fassiez suivre ceux-ci du signe J. Pour le contrôle, la station réceptrice répète les nombres. Si elle se trompe, la station expéditrice fait le signe: qui veut dire: « Annulez », et, après que les autres ont répété ce signe, elle recommence à transmettre les chiffres.
L’expéditeur doit toujours faire face à la station réceptrice. Quand la station réceptrice a lu un mot correctement, elle envoie la réponse générale. Si elle ne répond pas à un mot, les expéditeurs savent qu’il n’a pas encore été lu et ils le répètent jusqu’à ce qu’on réponde.
Si vous voulez envoyer un billet où la plupart des gens ne voient que du feu, prenez les lettres de l’alphabet Morse, ou celles du sémaphore au lieu des lettres ordinaires. Ce sera bien facile à déchiffrer pour ceux de vos amis qui ont appris l’art du signaleur.
Si vous voulez pour votre patrouille une langue secrète, mettez-vous à l’esperanto. Ce n’est pas difficile et la grammaire ne coûte que 10 centimes. On se sert de cette langue dans tous les pays;
vous pourrez avec elle vous tirer d’affaire à l’étranger.
:
i
Commandements.
Tous les chefs de patrouille ont un sifflet attaché à un cordon ou à une ficelle. Ils sauront sur le bout du doigt les commandements suivants qu’ils enseigneront à leur patrouille, de façon à pouvoir la diriger convenablement:
« A vos rangs! »
«Garde à vous! » (tenez-vous bien droits).
« Repos! »
« Assis » (sans quitter le rang).
« Rompez les rangs. »
« A droite » (chaque Eclaireur fait un quart de tour de ce côté-là).
« Patrouille à droite » (la patrouille entière tourne de ce côté-là, les Éclaireurs restant en rang).
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ÉCLAIREURS
«Pas accéléré» (on part du pied gauche).
« Pas de gymnastique. »
« Pas d’Eclaireur » (marcher et courir vingt pas alternativement).
«
Signaux.
/■
«
Quand un instructeur veut rassembler sa troupe, il fait sonner à son clairon l’appel de l’Eclaireur.
Les chefs de patrouille rassemblent leurs hommes par un coup de sifflet suivi du cri de guerre (celui de l’animal de la patrouille). Puis, au pas de gymnastique, ils conduisent leur patrouille à l’instructeur.
Voici les signaux par sifflets:
1. Un coup prolongé: « Attention », « Silence », « Garde à vous ».
2. Une succession de coups lents et prolongés: «Partez», « Allez plus loin » ou « Avancez », « Etendez la ligne », « Disper-
sez-vous ».
3. Une succession de coups brefs et rapides: « Rassemblez-
i
vous », « A vos rangs ».
4. Une suite alternée de coups brefs et prolongés: « Alarme », « Prenez garde! »
5. Trois coups brefs suivis d’un coup prolongé sont le signal de l’instructeur pour rassembler les chefs de patrouille.
r
Tous les ordres donnés par sifflet doivent être obéis instantanément au pas de gymnastique, en courant aussi vite que possible, sans égard à ce que l’on était en train de faire.
Signaux à main. — Les chefs de patrouille peuvent les faire
aussi avec leurs fanions en cas de besoin.
Agiter la main plusieurs fois à droite et à gauche, ou le drapeau horizontalement, veut dire: « Non », « Peu importe », « Remettez-
vous ».
Lever la main ou le drapeau à bras tendu et 1 ’agiter lentement de droite et de gauche, ou bien siffler une suite de coups lents, signifie: « Plus loin », « Dispersez-vous ».
EXERCICES DE SIGNALEURS 85
Lever la main ou le drapeau et l’agiter rapidement, ou bien siffler une suite de coups brefs et rapides, signifie: « Rentrez », « Venez ici ».
La main ou le drapeau pointant dans une direction signifie:
« Allez là. »
Ouvrir ou fermer la main, ou mouvoir rapidement le drapeau de haut en bas plusieurs fois de suite signifie: « Courez. »
La main ou le drapeau tenu droit au-dessus de la tête signifie:
« Halte », « Arrêtez ».
Quand un chef crie un ordre ou un message à un Eclaireur qui se trouve à distance, celui-ci, tant qu’il entend ce qu’on lui dit, tient sa main à la hauteur de sa tête. S’il n’entend pas, il s’arrête sans faire de signe.
Le chef répétera alors à voix plus haute, ou demandera à l’Eclaireur de venir plus près.
Convenez vous-même de signaux pour les autres commandements que vous aurez à donner à votre patrouille.
Exercices de signaleurs.
Exercez -vous à dresser et à allumer des feux, et à employer les signaux de fumée et de flamme.
Exercez les signaux par sifflets, et les signaux de manœuvre.
Enseignez l’alphabet Morse, et celui des sémaphores et si possible l’esperanto.
Organisez des concours pour rendre vos hommes ingénieux à cacher des messages sur leur personne.
POUR LES INSTRUCTEURS
Il faut, autant que possible, faire en sorte que tous prennent part aux jeux et aux concours. Il ne s’agit pas de former un ou deux virtuoses, mais de mettre chacun de nos hommes à même de se rendre utile. Il faut donc les exercer tous, et les amener tous à des résultats satisfaisants. Dans les concours où l’on est assez nombreux pour pro-
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ÉCLAIREURS
céder par groupes, mettez en présence les perdants, et non les gagnants comme on fait d’ordinaire, et cherchez qui est le plus faible et non qui est le plus fort. Les bons feront autant d’efforts qu’autrement, et cette forme de concours a l’avantage de donner aux moins habiles le maximum d’exercice.
K
Le porteur de dépêche.
On donne à un Éclaireur une dépêche qu’il doit porter au quartier-général d’une ville assiégée (ce peut être une vraie ville, un village, une ferme, une maison); il doit en revenir et rapporter un reçu. Il porte épinglé sur l’épaule un chiffon de couleur de 50 cm. Son point de départ doit être à 5 kilomètres au moins de la ville où il doit se rendre. Les assiégeants qui l’épient peuvent se placer où ils veulent mais il ne leur est pas permis d’approcher du quar-
tier-général, dont ils doivent se tenir toujours à 300 mètres au
moins. (Il y a avantage à fixer des limites que chacun connaisse, ou aperçoive facilement. ) Tous ceux que l’arbitre trouverait à l’intérieur de ces limites seront réputés tués par les gens du quartier-général et exclus du jeu. Le porteur de dépêche peut user de toutes les ruses qu’il veut, sauf de se déguiser en femme, mais il doit toujours porter son chiffon rouge sur l’épaule. Pour l’attraper, l’ennemi doit lui enlever son chiffon. On lui donne dix heures pour porter son message au quartier-général et revenir avec son reçu à son point de départ. L’ennemi gagne trois points s’il le découvre, et perd trois points si l’autre réussit. On peut jouer un jeu du même genre en ville, mais en le modifiant pour tenir compte des circonstances.
a
Le raid»
Faites un raid à travers l’Afrique centrale, chaque Eclaireui portant sur sa tête ses vêtements et sa nourriture en un ballot
Marchez en file indienne avec un Eclaireur à 200 mètres en tête,
frayez-vous un chemin, le chef vous indiquant la route à suivre au moyen des signes d’Eclaireurs. Faites un pont sur les ruisseaux, un radeau sur les étangs; une chaussée de fascines dans les ter-
m
LE RAID
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rains marécageux, laissez des traces ou des indications écrites pour ceux qui viendraient après vous, de jour ou de nuit.
Afin d’apprendre à vos Éclaireurs à évaluer le temps et la distance, envoyez-les chacun dans une direction différente avec cet ordre: Marchez trois kilomètres vers le nord-est. Faites un rapport décrivant exactement l’endroit où vous êtes (si possible avec un croquis topographique) et rapportez-le aussitôt que possible. Ensuite, à l’aide d’une bonne carte ou autrement, voyez à quelle distance il est allé et dans quelle direction.
Envoyez les Eclaireurs deux à deux, une subdivision en concurrence avec l’autre. Ils partent par deux chemins différents pour gagner le même point en trouvant leur route d’après la carte; il s’agit d’atteindre le but sans être vu par ses concurrents. Cet exercice développe le coup d’œil et apprend à lire la carte comme aussi à se dissimuler, à se tenir sur le qui-vive, etc.
Pour l’estimation du temps, envoyez les Eclaireurs dans diverses directions, chacun ayant en main un ordre écrit qui lui dit au bout de combien de temps il doit revenir: sept minutes, dix minutes, etc. Notez le moment exact de leur départ et de leur retour. Les Éclaireurs s’engageront sur leur honneur à ne consulter ni montre ni horloge, etc. Beaucoup de ces jeux et exercices peuvent se faire aussi bien en ville qu’à la campagne.
Course d’Éclaireurs. — L’instructeur poste à des distances de 300 à 1200 mètres trois hommes ou trois groupes, chacun se distinguant si possible des autres par son costume, et tenant en main un objet différent; canne, valise, journal, etc. S’il y a d’autres gens par là, on fera prendre à ces hommes une position caractéristique qui permette de les distinguer des passants: ils mettront, par exemple, un genou en terre. L’instructeur marque alors un parcours circulaire passant par trois points déterminés, et exigeant si possible quelques sauts en largeur de la part des concurrents. Ceux-ci partent en courant vers le n° 1. Là un arbitre leur indique vers quel point de l’horizon ils doivent se diriger pour trouver le groupe d’individus sur lequel ils auront à faire rapport.
Il s’agit d’indiquer par écrit:
1. Combien il y a d’hommes dans chaque groupe;
2. Comment ils sont vêtus ou à quoi on les reconnaît;
3. Où ils sont par rapport à un point de repère donné;
4. De quelle distance on les a vus.
L’Eclaireur court ensuite au point suivant et répète le même exercice pour le second groupe, puis pour le troisième.
Pour finir il court avec son rapport au poteau d’arrivée.
On compte cinq points pour chaque description correcte et complète, le maximum est donc de 15. On soustrait un point par dix secondes de retard sur le premier rapport apporté au poteau d’arrivée. On soustrait des points ou des demi points pour les erreurs et les omissions.

Suite : Voir aussi article2212

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