Préface

à la quatorzième édition anglaise

5–7 minutes

Des enthousiastes ont dit que le scoutisme était une révolution pédagogique.

Ce n’est pas cela.

Ce n’est qu’une suggestion lancée en faveur d’une jolie manière de se récréer en plein air, qui s’est trouvée être aussi un auxiliaire efficace de l’éducation.

On peut prendre le scoutisme comme un complément à la formation que donne l’école, complément propre à combler certaines lacunes inévitables du programme scolaire ordinaire. En un mot, c’est une école de civisme par le moyen de la nature.

Les points sur lesquels il insiste pour combler ces lacunes, c’est l accroissement de la valeur de l’individu par le développement
du caractère, de la santé et de l’habileté manuelle et le civisme, par l’emploi de ces capacités individuelles dans le service d’autrui.

Ces principes sont appliqués à tous les degrés d’un entraînement progressif pour les Louveteaux, les Éclaireurs et les Rovers. Ils se développent surtout, comme ce livre le montre, par une vie de campeurs et d’hommes des bois que les instructeurs apprécient autant que les garçons. En fait, les instructeurs peuvent vraiment être appelés des guides et des frères aînés : ils participent au plaisir des plus jeunes et ceux-ci s’élèvent eux-mêmes.

C’est pour cela peut-être qu’on a appelé le scoutisme une révolution en éducation.

Il est vrai pourtant qu’il vise autre chose que ce que permet une formation scolaire habituelle. Il vise à enseigner aux garçons à vivre, et non seulement à gagner leur vie. Inculquer à l’individu l’ambition de gagner des prix et des bourses, lui représenter comme le succès le fait de s’assurer un salaire, une position, une influence, – il y a là
un certain danger, à moins qu’on ne lui enseigne parallèlement à servir son prochain. 

On inculque à toutes les couches de la société le souci de l’intérêt personnel; il n’y a rien d’étonnant à ce que notre pays soit divisé contre lui-même; à ce que chacun cherche son avantage et rivalise sans scrupule avec son voisin pour obtenir la haute main; à ce que les
cliques et les partis politiques, les sectes religieuses et les classes sociales en fassent autant, au plus grand détriment des intérêts du pays et de l’unité nationale.

Le but de l’éducation scout, c’est de remplacer les préoccupations du moi par celle du service, de rendre les jeunes gens vraiment forts, au moral comme au physique, et de leur donner l’ambition de mettre leurs forces au service de la communauté.

Je n’entends pas par là seulement les services de l’armée et de la marine. Nous ri avons pas dans notre mouvement de visées militaires. On n’y fait pas l’exercice. J’entends l’idéal de servir nos semblables. En d’autres termes, nous visons à mettre le christianisme en pratique dans la vie et les actes de chaque jour, et non seulement à en professer les doctrines le dimanche.

Le développement remarquable du mouvement des Eclaireurs dans les vingt et un ans de son existence a surpris ses promoteurs autant que ses amis du dehors. Parti en 1908 d’un petit camp, dont ce livre fut le résultat, le mouvement s’est développé et étendu de lui-même
sans aucun subside officiel. Aujourd’hui (1929) nous comptons 370,256
membres dans le Royaume-Uni et 654,130 dans l’Empire.

Cela prouve deux choses : d’abord l’attrait que le scoutisme a pour les garçons; ensuite la somme de patriotisme inné qui se cache chez les hommes et les femmes de notre peuple, malgré une éducation faussement dirigée vers des buts égoïstes. Nous avons plus de 35,000 travailleurs volontaires, venus de tous les rangs de la société, qui donnent leur temps et leurs forces sans autre récompense que la satisfaction qu’ils y trouvent à aider des jeunes à devenir de bons citoyens.

L’enseignement se fait par l’exemple. Les garçons apprennent vite à servir quand ils ont sous les yeux cette démonstration pratique de service de la part de leurs instructeurs. Les résultats de cette éducation, là où elle a été placée en des mains compétentes, ont dépassé toute attente en faisant des citoyens sains, heureux et utiles.

Ces chefs se sont appliqués à aider non seulement des garçons brillants, pleins de promesses, mais aussi, et très spécialement, des enfants moins intelligents. Nous voulons leur donner quelque chose de la joie de vivre et, en même temps, quelques-unes des qualités et quelques-uns des moyens qui sont le partage de leurs frères plus favorisés, de façon qu’ils aient, eux aussi, au moins leur part équitable de chances dans la vie.

Les autres pays n’ont pas tardé à reconnaître les avantages du
scoutisme. Ils ont successivement adopté et développé la formation d’Eclaireurs en suivant les lignes mêmes que trace ce livre.

La conséquence est qu’il y a aujourd’hui dans le monde une vaste fraternité de Boy Scouts qui compte à présent 1,785,560 membres, tous travaillant pour le même idéal sur la base de la même promesse et de la même loi, tous se regardant les uns les autres comme des frères, et apprenant à se connaître par les lettres qu’ils échangent et par des visites personnelles qui se multiplient.

Point n’est besoin d’être doué d’une grande imagination pour prévoir dans un avenir prochain que cette fraternité qui s’étend si rapidement peut avoir de très grands résultats. La Société des Nations peut n’être pour le moment, comme ses critiques le prétendent, qu’une machine législative sans âme; mais cet esprit d’amitié personnelle et de large bonne volonté qui se développe parmi les futurs citoyens des nations qui la composent peut non seulement lui donner cette âme, mais encore constituer une assurance plus forte encore contre le danger d’une guerre internationale dans l’avenir. Cela peut paraître un rêve insensé, mais c’en aurait été un aussi il y a vingt ans d’imaginer que ce petit livre appellerait à l’existence une fraternité d’un million et
trois quarts d’Eclaireurs à laquelle s’ajoutent encore 750,000 Eclaireuses.

Et pourtant cela est.

Notre vision n’est pas au delà du possible, si des hommes et des femmes viennent prendre leur part de l’effort que demande le progrès de cette œuvre.

La coopération de minuscules animaux marins a créé les îles de corail. Il n’est pas d’entreprise trop grande, pour la bonne volonté et coopération. Chaque jour nous renvoyons des jeunes garçons qui voudraient s’affilier à nous parce que nous manquons d’hommes et de femmes pour les prendre en main. Il y a de vastes réserves de patriotisme loyal et d’esprit chrétien dans notre peuple qui restent endormies surtout parce qu’elles ne voient pas d’occasion immédiate de s’exprimer. Voici, dans cette fraternité heureuse, une magnifique occasion qui s’offre à tous, de travailler joyeusement, de voir les fruits de son travail et de faire une œuvre qui vaut la peine d’être faite puisqu’elle donne à tous une occasion de servir ses frères et Dieu.

Le vieux Socrate avait raison de le dire :  » Nul homme ne poursuit un dessein plus divin que celui qui s’applique à bien élever non seulement ses enfants, mais les enfants des autres. « 

Pax Hill.

B.-P.

Bentley, Hants (1929).

Suite : Voir aussi article2145

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